Vendredi 20 novembre 2009


Au temps de la gauche plurielle,

Je faisais un peu d’intérim

Comme employé universel

Dans des sociétés anonymes.

 

J’ai peint en rose et en bleu ciel

Des plaques de contreplaqué

Pour un groupe événementiel :

« L’espace éphémère c’est Brelet ».

 

J’ai mis des croissants dans des boites

Avec une chef sur le dos

Qui voulait qu’au rayon boul-pât

Ce soit ras la gueule de gâteau.

 

J’ai fabriqué des sas de banque

A triple vitrage blindé

Pour un PME en manque

De l’un de ses six employés.

 

J’ai monté des racks de stockage,

Chez un sous-traitant qui venait

De prendre un sévère avantage,

Sur son concurrent bordelais.

 

C’était au temps des 35 heures,

Au temps de Messier et Jospin,

Le monde des entrepreneurs

Pouvait encore faire le bien.

 

Si j’étais né trois ans plus tôt

J’aurais du aller faire l’armée,

C’aurait été assez idiot,

Call of duty c’est bien assez.

 

Je nageais donc en plein bonheur,

Au fond du marché de emploi,

En plus, fini les trente-neuf heures,

Et donc une heure plus tôt chez moi.

 

J’ai eu une conscience de classe

Q’une seule fois, quand on m’a dit

« Le temps libre est une menace,

Voyez Orange, merci Aubry. »

Par Aurélien Bellanger
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Jeudi 19 novembre 2009


Le mystère vertical des familles et des nombres

Dormait dans le flacon où six noix de muscade

Formaient des grains trop gros d’une matière sombre

Que le verre empêchait de tomber en cascade.

 

C’était le genre de tube à épices piquantes,

Un fragment d’exotisme de forme standardisée,

Vendu un peu partout sur des meuble en pente

Capables de s’auto réapprovisionner.

 

Mais au lieu d’une poudre, par un effet de loupe

Cette épice s’éloignait de la substance du sable,

Pour former six objets comme un vol de soucoupes,

Six objets identiques mais pourtant séparables.

 

Retenues par le verre, pour toujours unes à unes,

Dans la propriété d’être équinumériques,

Les noix entretenaient une colonne atomique,

La  molécule inerte de leur forme commune.

 

Dans les notions parfaites de l’intellect divin

Chaque objet se résume à des propriétés,

Seule leurs différences créent des objets distincts,

Il n’y a pas de doubles, il y a identité.

 

Dieu est l’incubateur des notions parfaites,

Les objets séparés s’y séparent toujours,

L’individualité est tout son intellect,

Distinguer des objets est un mode de l’amour.

Par Aurélien Bellanger
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Mardi 17 novembre 2009

 

Je dépose la poudre et tasse avec les doigts

La dose de café le matin à 9 heures ;

Je démonte le soir la machine moka

Avec les gestes graves d’un expert démineur.

 

Un joint de caoutchouc et une soupape en cuivre :

C’est un objet sérieux, à moitié une bombe ;

Si la plaque est mouillée la cafetière vibre,

Le liquide oppressé va ressortir en trombe.

 

Debout dans la cuisine j’écoute France Info

Dont les titres résonnent dans le puit de lumière :

Attentat en Irak, scènes de guerre à Rio,

Tandis que le café ronronne comme un geyser.

 

J’ai rêvé d’un bûcher de radios-réveils,

Il y a deux ou trois nuits. Un détail m’a frappé :

Le lithium des batteries sortait des appareils,

Et l’antidépresseur soignait l’humanité.

Par Aurélien Bellanger
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Lundi 16 novembre 2009


Il n’y a qu’une seule drogue, c’est la fatalité,

Il n’y a qu’une seule grâce, la prédestination.

Quand on va à des fêtes, rien que d’imaginer

La playlist et les gens, c’est une condamnation.

 

L’alcool rajoute alors d’autres automatismes,

A ceux des boites à rythmes et des visages humains,

On est dans un état absolu de quiétisme,

Les futurs contingents, c’est whisky, bière ou vin.

 

J’étais assis en face de la bibliothèque,

Et le gros livre rouge c’était comme par hasard

Le pléiade Fénelon. Et pourquoi pas Sénèque ?

Non mais vraiment ça va, je vais reprendre à boire.

 

Dans la pièce d’à côté, je fais deux pas de danse

Et j’arrive près du bar. Tiens, du Gin, c’est super,

Si je trouve du Schweppes, j’ai vraiment trop de chance.

Je parle à l’inconnu qui bloque le frigidaire.

 

Ah merde on se connaît. C’est le mec de Nora.

Oh ouais ouais moi ça va, et toi qu’est-ce que-tu fais ?

Tu sais s’il y a du Schweppes ? Je peux passer mon bras ?

Dans le bac à légumes il y a des bières au frais.

 

Qu’est ce que je vais faire d’un demi verre Gin ?

C’est fou comme ça adhère mieux que l’eau aux parois.

Cul sec ou pas cul sec ? Est-ce qu’il y a des tartines ?

Pas question de vomir, je ne suis pas chez moi.

 

C’est un coup de génie, ce plateau de fromage ;

Je retire doucement la peau d’un bout de tomme

En remerciant Dieu d’avoir fait les laitages

Pour l’alimentation et le repos des hommes.

 

Quelqu’un remet alors la chanson de Britney ;

Je m’endors sur une chaise dans sa voix synthétique,

Et la grâce est totale dans un monde parfait :

With a taste of your lips, I'm on a ride, you're toxic.

Par Aurélien Bellanger
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Samedi 14 novembre 2009

 

Après le technocentre Renault de Guyancourt

Commence Saint-Quentin, ville multipolaire

Saint-Quentin ville nouvelle et ville carrefour

Créé en 72 comme un acte exemplaire.

 

Mais nous n’étions pas là pour penser l’urbanisme.

Les ruines de Port-Royal se trouvant à Magny,

Nous voulions visiter les lieux du jansénisme.

Un groupe de motards gay nous tenait compagnie.

 

Thomas était ici pour Philippe de Champaigne,

Nils parce que Pascal était à son programme,

Lucie bossait sur l’utopie au dix-septième.

Quant à moi je pensais au salut de mon âme.

 

Car j’avais essayé d’y aller à vélo,

Trois mois auparavant, mais j’avais renoncé.

Comme c’était en novembre, la nuit tombait très tôt,

Et en plus il pleuvait, ça m’avait déprimé.

 

Je deviens lamentable quand je suis solitaire,

C’est l’horreur absolue, je deviens pascalien.

Maintenant je me méfie des sorties au grand air,

Et si je suis tout seul, alors je ne fais rien.


Par Aurélien Bellanger
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